Publié par Collectif Solon

Connaitre et combattre le populisme

Les références historiques de la gauche ont disparu avec la fin des trente glorieuses (progrès, classe ouvrière, maitrise des moyens de production etc.).

Dans les années 80, le néolibéralisme privilégie l'individu au détriment du collectif, le capitalisme aggrave sa nature en devenant actionnarial, la politique sociale est remise en cause et les syndicats sont affaiblis. Malheureusement, la gauche a participé à cette déstructuration de la société, privilégiant l’économique en négligeant le social au nom d’une « saine » gestion, rompant ainsi avec les couches populaires. L’importance accordée au sociétal avec ses thèmes habituels, féminisme, racisme, homosexualité, identité, ethnicité etc., même si ce sont des thèmes essentiels, a contribué à déconstruire la société. L’idéal méritocratique prôné par cette même gauche, d’ailleurs démenti par les faits, est malheureusement interprété par les classes populaires comme une négation de leur appartenance au monde souhaité par les politiques, monde qui leur semble inaccessible. Citons Daniel Cohen « ils veulent qu’on les aide pour ce qu’ils sont, et non pour ce qu’ils auraient pu ou dû être ».  

Ces thèmes qui conviennent si bien aux élites, le peuple ne les comprend pas quand son quotidien est difficile et que s’assombrissent les perspectives d’avenir. C’est ainsi qu’en dédaignant les aspirations populaires, les élites sont rejetées au profit du populisme ou du communautarisme. Le populisme, par nature démagogique dans ses promesses, s’appuie sur deux idées essentielles, la détestation des élites et, au choix,  la xénophobie, le racisme et l’altérophobie. 

Il faut que la gauche cesse de se contenter d'accompagner (au-mieux croît-elle) l'évolution de la société. Il faut qu’elle fasse progresser cette société et non donner l’impression qu’elle recule, accompagner, c’est reculer. Il faut aussi que le peuple prenne conscience, à travers ses représentants, que l'horizon est tragique si rien ne se passe. Le monde dans lequel nous vivons n'a pas de sens, au sens étymologique. La détestation des élites vient de leur incapacité à donner ce sens, voire parfois dans le sentiment qu’elles sont corrompues. Il ne faut pas s'étonner que, dans ce monde profondément inégalitaire, les classes populaires se tournent vers le populisme et désignent les boucs émissaires nécessaires à leur volonté de se sauver.

La haine des élites est donc une réalité que l’on doit combattre sachant que son origine est due pour l’essentiel à l’avènement du capitalisme financier source, de par sa cupidité, de l’accroissement sans fin des inégalités. Ce rejet sera amplifié par la crise bancaire de 2008 qui ne se « résoudra » paradoxalement qu’au détriment de ses victimes qui devront payer en plus la dette engagée par les Etats pour sauver le système bancaire. 

Lutter contre la croissance des inégalités est donc une priorité. C’est un moyen pour résoudre la question sociale majeure, celle de l’insécurité économique. La cause essentielle de la crise d’intégration à la société est la précarité salariale surtout quand elle s’accompagne d’un fort sentiment d’injustice. Elle conduit trop souvent à la désintégration familiale voire à la création de communautarismes. Le capitalisme crée en effet un monde fait d’incertitudes et d’angoisses et provoque ainsi une crise d’identité qu’il faut bien tenter de résoudre. De fait on trouve même des gens bien insérés, parfois même nantis, qui votent populiste. Les méfaits d’un individualisme mal compris sont sans limites, le lien social se dissout, l’avenir se noircit et, comme le fait remarquer Raphael Glucksmann, l’angoisse et la solitude s’ancrent dans la vie et le besoin d’autorité va jusqu’à rechercher le messie.

S'attaquer vraiment aux inégalités est une condition nécessaire pour que l'avenir ne paraisse plus une menace. Il faut donc réhabiliter l'Etat et ne pas toujours espérer de la bavarde société civile. Pour autant, il convient de ne pas la négliger particulièrement au niveau de la démocratie locale. Verticalité et horizontalité doivent être le mariage harmonieux entre l'Etat et les collectivités territoriales. L'Etat n'a pas seulement pour but de gérer, il doit assumer la réalisation d'un projet politique qui donne du sens à la société.

Pour la première fois, l'écologie politique au sens large est peut-être le moyen de relever le défi posé à la Gauche. Les menaces climatologiques et environnementales peuvent être la base d'un renouveau de la société sur le plan économique, en particulier l'écologie doit devenir le principal moteur de la transformation sociale. Mais attention à ne pas faire de l'écologie une idéologie, nous n'avons que faire d'une religion et de son catéchisme. Il faut donc identifier les vrais problèmes qui se posent, démographie et immigration, climat, biodiversité, agroalimentaire, énergie, traitement des déchets etc. La croissance peut changer de nature s'il ne s'agit plus de compétitivité et de dividendes.

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