Publié par Collectif Solon

Les inégalités sociales et économiques augmentent inexorablement et nuisent à la cohésion sociale menaçant le consensus social. Pour qu’elles ne deviennent pas inacceptables, il y a deux conditions nécessaires, assurer l’égalité des chances dans l’ascension sociale et faire que tout le monde profite équitablement de la croissance. 

La comparaison au niveau planétaire montre des situations extrêmement hétérogènes pour la pauvreté et les inégalités, elle montre aussi que la France s’est donnée les moyens pour être mieux lotie que la plupart des pays développés. Cependant, si en France, ces dernières années la pauvreté a légèrement diminué, ce n’est pas le cas de la grande pauvreté et les plus aisés continuent à creuser l'écart. 

Quand un tableau de Léonard de Vinci, inaccessible à un musée national, est vendu à un particulier 450 millions de dollars, quand une bouteille de whisky peut atteindre 1 million de cette même monnaie, quand un vin français arrive à 10.000 euros sur la table d’un trois étoiles, comment voulez-vous ne pas être indigné ? Les exemples sont multiples de ces prix indécents pratiqués dans ces villes riches comme Paris où, peut-être dans le même quartier, se trouve un restaurant du cœur. Ces villes où les travailleurs n’arrivent plus à se loger et sont relégués dans de lointaines banlieues, soumis à des transports fatigants et aléatoires, incapables de se révolter tant la pression sur leur niveau de vie et sur leur emploi est forte et parfois privés de la moindre activité culturelle. Et il n’y a pas que des villes riches, il y a aussi ces villes moyennes où le bassin d’emploi est réduit à néant, où les centres-villes se réduisent au minimum, sans commerces, sans activités, sans culture, marquant clairement le déclassement des classes moyennes, sans compter la désertification rurale et la disparition de services publics essentiels comme la santé.
Oui, les raisons de se révolter sont nombreuses et visibles. Les inégalités choquent et ces injustices révoltent.
Tout indique que les deux conditions qui peuvent rendre acceptables les inégalités sont de moins en moins remplies.
Bien sûr, tout ne peut être attribué aux inégalités mais, quand le ressenti dépasse la raison et les explications rationnelles, il faut le traiter comme un fait. 

Alors, que faire ?
Bien sûr, on peut affirmer que l'abolition de la richesse est facile à réaliser par une fiscalité très redistributive. Les riches fuiraient et le but ne serait pas atteint, les riches seraient plus riches mais ne seraient plus en France.
Sans attendre les nécessaires solutions venant d’une régulation mondiale et plus encore européenne, des solutions propres à la France existent.
Rappelons que le CAC 40, la bourse qui concerne 40 entreprises en partie françaises, annonce un résultat de 97 milliards d’euros de profit après impôt. C’est un record de hausse de 26% sans rapport avec la progression d’activité du pays. Sur la même période, le PIB progresse de 1,9%, la consommation des ménages de 1,6% et les exportations de 6%.
N’y a-t-il pas là de quoi réfléchir ? 
Qui peut croire que c’est un prétendu dynamisme international qui justifierait cette progression insolente des profits ?
Il est surprenant que personne ne s’interroge sur les résultats de la montée en puissance des aides aux entreprises qui, CICE et pacte de responsabilité cumulés, représentent 40 milliards d’euros. Comme les entreprises du CAC 40 représentent un quart de ces sommes, il n’est pas scandaleux de demander comment a été utilisé et a quoi a servi l’argent public ainsi redistribué. 

Pour lutter contre les inégalités, on sait quels sont les premiers pas qu’il faut faire. La loi peut nous libérer de ce néolibéralisme qui nous étouffe en luttant contre les ententes artificielles, les conflits d’intérêts, l’évasion fiscale, la corruption et tous ceux qui ne respectent pas les règles. Il faut prendre les mesures qui fassent que le travailleur soit reconnu comme un facteur de production et de richesse et qu’à ce titre, sa part soit inaliénable. Beaucoup peut être fait très vite. En un mot, et dans un premier temps, il faut que la richesse créée ne soit plus réservée à quelques-uns mais redistribuée équitablement.

Lutter contre la pauvreté, c’est d’abord savoir ce qu’elle est. Pauvreté et misère sont liées par l’idée d’un « état malheureux ». Notons qu’en 1947, on avait adopté l’idée qu’un « minimum vital » était nécessaire.
La pauvreté n'est pas uniquement monétaire, elle est relative au lieu et au moment, elle dépend du contexte économique et sociologique. Elle est trop souvent accompagnée d’exclusion sociale, c’est-à-dire d’un trop grand écart avec le mode de vie dominant dans la société à laquelle on appartient. 
Maintenant, pour agir, il est indispensable de mesurer. De nombreux indicateurs sont disponibles, à commencer par le plus quantitatif, le revenu médian qui a été choisi par l’Europe comme base de l’indicateur de la pauvreté (on est pauvre quand on vit avec moins de 60% de celui-ci, définition Eurostat ; la grande pauvreté qui pose des problèmes spécifiques et qui relève de la grande urgence  correspond à 40% du revenu médian).
En 2015, le niveau de vie médian en France (après impôts et prestations sociales) était de 1692 euros. Rappelons que le revenu médian (autant gagnent plus que moins) est toujours inférieur au revenu moyen.
Cet indicateur montre qu’il faut que les revenus de ceux qui sont dans cette situation de pauvreté devraient augmenter plus vite que le revenu médian. 
Mais, pour agir de manière efficace, il faut aussi appréhender les dimensions humaines et sociologiques. Le rapport récent du Secours Catholique montre que 70% des personnes accueillies vivent seules ou dans une famille monoparentale et que 60% expriment un besoin d'écoute et de conseil. 

La solution d’augmenter l’assistance sociale au-delà de ce que nos argentiers qualifient de raisonnable semble dans l’impasse, en revanche, un remède important reste l’emploi. 
Les trois raisons essentielles pour que ceux qui bénéficient des minimas sociaux ou qui sont au chômage ne trouvent pas d’emploi sont l’absence de qualification, le manque d’emplois disponibles et la difficulté de la mobilité. Quand il y a des emplois disponibles, ils sont trop souvent de mauvaise qualité, ou temporaires, ou des CDD, des emplois aidés ou des missions d’intérim. 
Comment construire une vie dans de telles conditions ?
Même si le taux horaire du salaire minimum devrait être augmenté, ce qui est le plus souvent en cause, c’est le statut, le contrat et le temps de travail de l’emploi. 
Et puis, il y a le vaste problème du logement avec peut-être le rétablissement de la prime de résidence, il y a celui de la formation professionnelle qui doit multiplier les formations porteuses d’avenir en particulier pour les chômeurs et les travailleurs précaires.
Il ne faut sûrement pas faire l’impasse sur ces femmes qui restent seules à assumer l’éducation de leurs enfants et sur tous ces retraités trop souvent précaires et en situation de faiblesse.
Il y a de multiples pistes pour combattre la pauvreté et c’est cela  qui rend le problème difficile mais pas insoluble. 
Cette difficulté ne doit pas être une excuse pour se donner le temps que tous ces gens n’ont pas, il faut agir et tout de suite. Tout le monde politique et associatif est concerné car d’autres approches existent. Par exemple, plus l’Économie Sociale et Solidaire s’implante dans des territoires de pauvreté, plus elle lutte, même si ce n’est pas son but premier, contre celle-ci. 
L’ESS est, dans ces conditions, créatrice d’emplois (actuellement, c’est plus de 13% de l’emploi salarié) et très souvent pour les défavorisés dans des secteurs mal ou peu desservis par l’économie marchande traditionnelle. Si on y ajoute le sentiment d’appartenance à une communauté, les résultats peuvent être spectaculaires.
Cette stratégie qui décide de s’attaquer au bas de la pyramide sociale est le contraire de la fumeuse théorie du ruissellement. Les tactiques dépendent de deux approches différentes, les pauvres sont des consommateurs mais ce sont aussi des créateurs potentiels. 

La pauvreté est une atteinte aux droits fondamentaux, c’est donc un combat universel que l’on se doit d’engager pour la défense des droits humains. La France, par son histoire, a le devoir de montrer l’exemple. Rappelez-vous cette sentence de Confucius : 
« Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte, sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte ».
 

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