Publié par Collectif Solon

L'UE au XXIème siècle.

Il y a d'abord les deux obligations que sont l’efficacité et la démocratie.  
La nécessité d'une gouvernance économique et budgétaire commune, la volonté de réguler le capitalisme financier et donc de réguler la mondialisation s’imposent. Sur ces questions l'UE est bien timide alors qu'elle dispose de la force d’un marché de 500 millions de consommateurs. On a le sentiment que l'action de l'UE, en particulier contre certaines entreprises multinationales, est bridée par une idéologie néolibérale. 
Quant à l’efficacité, le retour aux fondamentaux de développement du marché intérieur et du bien-être des populations, l’extension et la régulation de la protection sociale avec en particulier la fin du dumping social des travailleurs détachés devraient s’imposer à tous..
Le phénomène migratoire montre aussi la nécessité de sa gestion collective des frontières.

Un progrès démocratique nécessaire est de conférer au parlement européen plus de pouvoir, mais ceci doit s'accompagner de beaucoup plus de considérations des partis politiques pour ce parlement, qui devraient en politiser l'élection, ce qui demande qu'ils s'organisent à l'échelle européenne.
Il devrait être institué une instance parlementaire spécifique à la zone euro, dont la politique économique pourrait alors être sous contrôle démocratique.

Les gouvernements, en particulier celui de la France, devraient informer leurs parlements des décisions européennes, les positions des états devraient être d'abord discutées dans les parlements nationaux, ceci pour que les populations se sentent plus concernées. Toutes les délibérations du Conseil européen devraient bénéficier d'une large publicité, de transparence.

Comment approfondir l'union.

L'UE ne peut se construire sans respecter les différentes nations qui la composent mais il n'est pas possible de construire un état lui-même formé d'états indépendants dans toutes les dimensions, même fédéral, il suffit de regarder ceux qui existent (Allemagne, USA).
On confond souvent le terme « état » avec l'expression « état-nation ». Essayons donc de distinguer entre l'état et la nation.
Il existe des états regroupant plusieurs nations, comme la Belgique, le Royaume-Uni et anciennement l'Empire Austro-hongrois, il existe des nations sans état comme la Catalogne ou le Québec, il existe aussi des états composés de plusieurs ethnies, la Turquie en est un bon exemple avec ses turcomans, albanais, arabes, bosniaques, kurdes, lazes… On trouve aussi dans l’Afrique postcoloniale en particulier des états sans bases nationales. Citons encore la Belgique, pour y ajouter la Suisse, comme exemple d'états sans unité linguistique.

Une nation est une communauté de personnes que l'histoire et le temps ont réunie autour d'un mode de vie commun, assez souvent d'une langue commune et le plus souvent afin de répondre collectivement aux aléas de la vie (par une sorte de contrat assurant la paix, la sécurité, la fraternité et le développement de la culture). Quand une telle communauté s'érige en état, c'est le plus souvent avec des attitudes nationalistes, qui rendent impossibles les échanges « avec les autres ». Mais la mondialisation économique, l'internationalisation des risques écologiques, rendent les frontières poreuses. Il n'y a plus au mieux qu'une existence partielle  des états-nations.
Emmanuel Sieyès (1748-1836), l'un de nos révolutionnaires,  pensait que l'allégeance des citoyens doit se fonder sur l' « état de droit » (à l'époque on disait la République). Cette idée peut complètement être reprise de nos jours. Les caractéristiques ethniques ou culturelles qui fondent une nation ne conduisent pas nécessairement à une identité politique, qui peut ne pas être de nature nationaliste mais se baser sur la reconnaissance des droits fondamentaux et des principes démocratiques inscrits dans la constitution
Citons Jürgen Habermas, un philosophe allemand bien connu : « La nation des citoyens tire son identité non pas d'éléments ethnico-culturels communs, mais de la praxis des citoyens qui exercent activement leurs droits démocratiques de participation et de communication. La conception républicaine de la citoyenneté ne dépend aucunement de l'appartenance à une communauté pré-politique, définie par une origine, une tradition partagée et une langue commune. 
Ainsi les déterminations politiques peuvent provenir d'un sentiment républicain pour un état assurant les besoins d'une société démocratique moderne, plutôt que de pensées nationalistes.

La porosité des frontières entre les états membres de l'UE est désormais très importante dans les domaines économiques et financiers mais aussi en matière écologique. Par ailleurs, la souveraineté des états diminue ainsi que les droits de leurs citoyens. Ces affaiblissements sont principalement des conséquences de la mondialisation des échanges économiques et non pas le fait d'organisations supranationales comme l'UE. Au contraire, cette dernière est la seule capable de réguler la mondialisation de l'économie et protéger ses citoyens de la déréglementation imposée par le néolibéralisme actuel du capitalisme. Le retour du politique sur l'économie ne peut se faire que par la force du supranational. Il est temps de renvoyer dos à dos les partisans d'une Europe technocratique, sans légitimité démocratique, imposant des politiques néolibérales, et les partisans d'un repli nationaliste ne proposant aucune des solutions attendues.

Si la question sociale doit rester au centre d'un approfondissement de l'Europe, la résolution de nombreux problèmes économiques est essentielle. Il faut en effet maintenir le niveau de sécurisation et d'entraide qui existe dans une bonne partie de l'Europe, face au chômage, la maladie, la vieillesse et tous les aléas de la vie. Cependant, l'Europe ne pourra progresser sans harmoniser la fiscalité européenne, se doter d'un budget de développement commun, promouvoir de grands groupes industriels capables d'affronter leurs concurrents américains, chinois, indiens… A l'opposé de la situation actuelle instaurant, de fait, une sévère concurrence intra européenne, il est indispensable de développer des solidarités et des synergies entre les différentes composantes de l'Europe.
Dans ce contexte, le développement d'un espace culturel commun et la défense d'un certain art de vivre européen sont plus que jamais à l'ordre du jour.
La résolution de ces questions sociales, économiques et culturelles conditionne ainsi largement la survie du "rêve européen


 

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