Publié par Collectif Solon

Le libéralisme n’est pas un gros mot quand il est au service de la société. Voilà pourquoi, le terme « social-libéralisme » peut faire penser que le libéralisme est indifférent au social. D’ailleurs, de la même façon, la social-démocratie laisse à penser qu’une démocratie n’est pas forcément sociale.
Renversons donc le propos et parlons de libéralisme social, mettant ainsi en évidence le fait que le libéralisme doit être d’abord social, il ne doit pas se contenter d’une régulation du marché.
Ce n’est pas jouer sur les mots, l’inconscient se satisfait trop facilement de telles simplifications, les mots sont des armes qu’il faut savoir utiliser.
Sinon, on perd complètement de vue ce que devrait être un libéralisme économique au service de la société ; car du capitalisme, il n’y a rien à attendre, il est lié au comportement naturel de l’humanité. C’est particulièrement évident quand on voit que cette économie de marché n’a aucune considération pour la planète, le climat n’est pas sa préoccupation et le changement climatique n’est regardé que comme un moyen de faire encore plus d’argent.
Voyons d’abord en quoi le libéralisme peut se transformer en ultralibéralisme ou en néolibéralisme. Il faut dénoncer deux idées fausses. 
D’abord, la concurrence si chère à Bruxelles est faussée. 
Les grandes entreprises multinationales imposent tout simplement leur loi sur leur marché. Il y a pire, ces grandes entreprises détiennent le pouvoir considérable de fixer les prix sur un marché prétendu libre. C’est encore plus vrai sur des marchés captifs comme celui des nouvelles technologies. Ce qu’on appelle la loi de l’offre et de la demande n’est qu’un mythe bien commode. Sa prétendue efficacité doit être  remise en cause.
Par ailleurs, les grandes entreprises paient beaucoup moins d’impôts que les plus petites, et même parfois pas du tout. Il y a beaucoup de moyens légaux à leur disposition. Par exemple, des sociétés écrans, plus ou moins fictives, dissimilant des transactions commerciales et financières qui vont jusqu’au blanchiment. Plus simplement, elles permettent de faire des bénéfices dans un paradis fiscal au détriment du pays à haute fiscalité dans lequel la société mère est établie. C’est un aspect de l’évasion fiscale. 
D’une façon générale, les détenteurs du capital pratiquent l’évasion et l’optimisation fiscales qui mettent en danger le fonctionnement rationnel de la société dans la production de biens et de services, ce qui empêche le marché de bien fonctionner.
L’impact sur le fonctionnement démocratique est alors évident puisque ces acteurs sont capables, à travers leurs organisations et leurs lobbies, d’influencer les politiques publiques dans le sens de leurs intérêts.
Pour la seconde idée reçue, le libéralisme n’a pas besoin de l’Etat, la réponse est encore plus simple et peut se résumer à une question : Comment le marché pourrait-il fonctionner sans toutes les infrastructures que la société met à sa disposition, sans l’Ecole et sans les règles indispensables pour éviter la sauvagerie de la concurrence, sans les financements publics dans tous les domaines nécessaires à la vie en société comme la santé et la culture, la recherche et l’innovation ?

Que devrait donc être un libéralisme bien conçu, au service de la société ?
Les réponses aux dysfonctionnements d’un libéralisme non régulé sont assez claires.
Elles sont essentiellement économiques et politiques et concernent trois niveaux. Le monde où quelques actions commencent à être mises en œuvre et l’Union Européenne où il faut l’unanimité des Etats en matière fiscale. Une volonté sans faille est nécessaire pour effacer cette disposition. La lutte contre l’évasion fiscale doit être un objectif permanent de ces deux niveaux. Celle-ci peut revêtir deux aspects, l’un frauduleux, qu’il faut combattre avec ténacité, comme le blanchiment d’argent dit « sale » ou non, l’autre légal, mais le plus souvent contre l’esprit de la loi qu’il faut donc rapidement changer.
Enfin, il y a le troisième niveau, la France. Ceux qui ne veulent rien faire se réfugient dans une fausse excuse d’impossibilité. Avec la mondialisation, disent-ils, on ne peut rien faire sur le plan national. Mais en réalité, de nombreuses mesures peuvent être mises en œuvre rapidement pour peu que la volonté politique s’exerce dans l’intérêt de la société. 
D’abord, il faut légiférer contre les ententes artificielles, les conflits d’intérêts et tous ceux qui ne respectent pas les règles. La gouvernance des grands groupes doit être étroitement surveillée. 
Toutes les distorsions d’un marché soi-disant honnête doivent être dénoncées et combattues. Notons que de telles mesures sont clairement anticapitalistes puisqu’elles s’opposent à la redoutable accumulation du capital mais qu’elles sont bien libérales puisqu’elles tendent à rétablir l’honnêteté du marché.
Toutes les niches fiscales susceptibles de nuire à la simple équité et à l’efficacité doivent être supprimées.
Tous les avantages et privilèges non conformes à l’intérêt de tous doivent être annulés.
Les lanceurs d’alerte doivent être protégés par la puissance publique.
Les salariés doivent être présents en plus grand nombre dans les conseils d’administration.
Pour faire tout cela et encore plus, la France dispose d’une expertise potentielle suffisante. Les moyens nécessaires doivent être dégagés pour analyser et agir, ainsi le pôle financier doit être renforcé. Mais cela ne suffit pas, il faut mettre en place une police économique et financière digne de ce nom, dotée de moyens et de pouvoirs suffisants, ne serait-ce que dans l’évaluation.
Dans la République, toutes ces mesures doivent s’appuyer sur une société civile bien informée. Comme le consentement à l’impôt est inversement proportionnel au sentiment d’injustice, que l’évasion fiscale est insupportable, il faut informer les citoyens, voilà pourquoi la transparence est indispensable, particulièrement pour les multinationales qui ont de multiples filiales dans le monde.
La légalité apparente n’est pas un obstacle. L’argument habituel est de dire que tout le monde optimise, mais il y a l’optimisation voulue par l’Etat avec la création de niches fiscales et la violation de l’esprit de la loi pour les grandes entreprises, il faut donc légiférer et changer la loi. Et puis il y a le « verrou de Bercy » qui empêche la justice d’intervenir en matière fiscale, est-ce bien normal ? 

La régulation drastique de l’économie de marché ne suffit pas pour donner une dimension sociale et harmonieuse à notre société, mais elle permet de trouver les moyens financiers nécessaires pour faire que la politique soit au service de la communauté et non au profit de quelques-uns. Elle exige toutes les bonnes volontés de l’échiquier politique et le rétablissement de la confiance envers les détenteurs du pouvoir.
Ne soyons donc pas dupes de l’instrumentalisation du mot libéralisme, que ce soit pour en souligner les excès ou les bénéfices. C’est assez facile de le détecter par la source des émetteurs, ceux qui n’ont en tête que la dérégulation du marché, violant ainsi les principes fondateurs du libéralisme ou ceux qui par aveuglement ou culturellement ne comprennent pas qu’un marché bien compris et encadré est nécessaire au bon fonctionnement de la société.
Certes le sentiment de l’intolérable est le point de départ de l’engagement politique au service du peuple mais il faudra bien réussir à concilier ce fait avec la conviction d’œuvrer  dans le sens de l’histoire.

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