Publié par Collectif Solon

Quand on pense que le mot « libéral » désigne, dans le premier dictionnaire consulté, quelqu’un de généreux et qui donne avec largesse, on voit à quel point ce mot a été totalement détourné de son sens, volé même, par le capitalisme. 
Le capitalisme est un système économique dans lequel la plupart des moyens de production n’appartiennent pas à ceux qui produisent. Ainsi, pour la France, les entreprises cotées sont détenues pour l’essentiel par les investisseurs qui se partagent entre étrangers et français ne laissant qu’à peine 10% aux ménages français et moins encore pour l’Etat.   
Dans ce système, l’accumulation du capital est un danger qui menace la société car il met une grande partie de l’économie dans les mains des détenteurs de capital réduisant l’action de l’Etat en faveur de cette même société. 
La tendance habituelle du capitalisme est de tout faire pour augmenter la rentabilité en investissant, particulièrement dans les nouvelles technologies, pour augmenter la productivité et baisser les coûts de production, trop souvent au détriment des travailleurs. 
On peut se demander pourquoi le capitalisme est si ancré dans notre culture s’il est si néfaste aux travailleurs. 
La réponse est banale, les tendances égoïstes sont présentes naturellement dans l’être humain et les combattre donne son sens à la vie.  
Malheureusement, on observe que les capacités de production de tous les biens de consommation sont pour l’essentiel légalement aux mains de quelques individus qui ont peu à voir avec le bien commun. Ces gens ont un pouvoir considérable, celui d’acheter le travail et de fixer à leur gré le rapport entre ce que le travailleur produit et son salaire car en effet, le salaire n’est pas seul, et de loin, à déterminer la valeur du produit.
La loi qui gouverne le monde capitaliste est celle de l’argent, cet argent qui ramène toutes les valeurs  à des unités comptables. L’argent colonise tout y compris le travail. 
Et voilà pourquoi le socialisme échoue à gouverner, il est une aspiration et il se refuse à être un mode de gestion alors que le libéralisme au service du capitalisme sait si bien le faire.
De fait, le fonctionnement des Etats dits démocratiques révèle, avec la mondialisation, le problème clé de notre monde : la séparation du capitalisme et de l’humanisme. Beaucoup trop de gouvernants définissent leur libéralisme au détriment de l’éthique humaniste et du bien-être des masses.
Ce n’est pas la volonté de nuire qui guide les détenteurs du capital, non, mais c’est le profit et la compétition entre ceux-ci peut se révéler nuisible pour la société. La division du travail, le développement technologique et la course à la monopolisation sont autant d’éléments qui conduisent à une oligarchie mondiale dont la puissance est difficile à remettre en cause, même par une organisation politique démocratique. Insistons sur ce fait patent, la production est pour l’essentiel faite pour le profit et non pour l’utilité sociale. Or, le profit n’est pas une voie de satisfaction des besoins vitaux de l’humanité.
Mais voilà une contradiction essentielle due précisément aux progrès de la technique, c’est ce que les économistes appellent la baisse tendancielle du taux de profit.  Cette dérive inéluctable du capitalisme entraine, si ce n’est la guerre, une destruction sociale qui dure depuis son invention.
Citons Einstein lui-même : « La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus ».
Celui-ci ajoute que ce dévoiement, une société mal comprise le développe dès l’Ecole en attribuant à la compétition la qualité d’une valeur fondamentale, formatant ainsi les jeunes esprits à cette nécessité pour leur futur bien-être d’accepter cette société dévolue presque exclusivement à la consommation. 
Cette situation intolérable devrait tous nous réveiller de notre torpeur et ne plus nous laisser tromper par un libéralisme au service exclusif du capital. 
Mais que veut donc dire le mot « libéral » employé en permanence sans qu’il soit défini ?
Dit très rapidement, le libéralisme économique est une doctrine favorable à la libre entreprise et au marché avec cette idée préconçue qu’il y aurait une loi conduisant nécessairement à un équilibre harmonieux entre l’offre et la demande sous la condition d’une libre concurrence. Du coup, vu sous cet angle, ce libéralisme s’oppose à l’intervention de l’Etat dans l’économie. 
Si on se limite à cette trop courte définition du libéralisme, on voit qu’il devient un outil du capitalisme conduisant à considérer les travailleurs comme une variable d’ajustement et à la diminution des droits sociaux et des services publics. 

Le libéralisme, tel qu’il est énoncé par les médias ou les politiques, est donc un dogme fabriqué, le plus souvent à partir de deux idées fausses, l’efficience de la loi du marché et la moindre intervention de l’Etat. 
Quand des idées fausses sont à la base d’un raisonnement, les résultats des politiques qui en résultent sont catastrophiques pour le peuple. Même Schroeder le social-démocrate, peut-être sans le vouloir, a conduit l’Allemagne aux emplois précaires mal payés et à l’augmentation de la pauvreté.
Quant à Trump, son libéralisme peut le conduire à prendre les décrets les plus stupides, citons-en deux, l’un autorisant les déficients mentaux à acheter des armes, l’autre aux compagnies pétrolières à cacher les fuites de méthane ! Et ces décrets à bas bruits se comptent par dizaines. Ce n’est même plus de l’ultralibéralisme, c’est du libéralisme fou.
Il y a donc un capitalisme mais plusieurs libéralismes. 
Si tout ceci conduit à une réflexion intéressante sur ce qu’est le libéralisme à travers ses multiples doctrines, cela n’a souvent rien à voir avec celui de l’école de Chicago, celui des penseurs tels que Milton Friedman, dont les thuriféraires politiques furent Reagan et Thatcher. Dans cette vision du libéralisme, Friedman affirme que la réduction du rôle de l’Etat est le seul moyen pour que l’économie de marché prouve son efficience pour atteindre la liberté politique et économique !
Une autre approche est celle du libéralisme « égalitaire » qui tente d’établir une égalité des chances compatible avec la réduction des inégalités économiques, beau discours certes mais qui reste trop formel pour être efficace. Malheureusement pour ce libéralisme qui relève de penseurs comme John Rawls ou Jürgen Habermas, il oublie trop les inégalités structurelles. Pour répondre à ce formalisme, le libéralisme peut se parer des meilleures intentions avec l’approche de personnalités aussi respectables que le prix Nobel d’économie Amartya Sen qui propose d’abord l’égalité des capacités donnant ainsi à chacun la possibilité de s’accomplir au mieux de son potentiel.
Il y a encore, au cours de l’histoire, d’autres voies du libéralisme illustrées par des noms célèbres. N’insistons pas sur la déclinaison de cette « liberté » économique qui montre que réduire le libéralisme à l’outil du capitalisme relève d’un dangereux manichéisme. 

Il faut réfléchir à cette idée somme toute banale, le monde est ouvert à une économie de marché qu’il faut sans délai maitriser au profit de nos sociétés.  Il faut donc réconcilier l’économie de marché avec la justice sociale. Comment s’y prendre est la question à laquelle il faut répondre en tenant compte de la réalité du monde et non en développant des idées séduisantes mais inefficaces. 

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