Publié par Collectif Solon


La mondialisation, telle qu’elle est appliquée dans les pays dits développés, a des effets négatifs sur les salaires, sur l’emploi et sur les inégalités. Ainsi, elle a une influence sur  la politique économique et fiscale suivie en France car cette politique est contrainte par la peur de voir le capital s’évader à l’étranger et de perdre les investissements productifs nécessaires. Comme le souligne l’économiste Branko Milanovic dans son livre sur les inégalités mondiales, on peut affirmer que cette mondialisation s’est donc essentiellement faite au détriment des classes moyennes occidentales.
L’autre facteur trop souvent négligé, c’est que la technique, avec ses objets numériques, s’est développée très rapidement grâce aux faibles coûts de la main d’œuvre dans les pays dits émergents. Ce que l’on appelle la « high-tech » aurait coûté trop cher s’il avait fallu en assurer la fabrication en Occident. 
On voit ainsi à quel point mondialisation, politique économique et progrès technique sont étroitement liés dans le déclassement plus ou moins rapide des classes moyennes et l’appauvrissement des salariés, des retraités et des chômeurs.  La montée correspondante de la colère populaire ouvre la porte aux populistes et aux dangers qu’ils représentent. 
Ce déclassement est d’autant plus mal ressenti qu’il s’accompagne de l’absence de perspectives pour les jeunes. Tout cela ajouté à la rapacité des possédants, aux mauvais exemples donnés par une partie de ceux qui nous gouvernent et la disparition progressive des services publics dans nos campagnes ne fait qu’amplifier cette colère et ses conséquences, les dirigeants, qu’ils soient politiques ou économiques, étant tenus pour responsables de cette situation.

Comment répondre à ces dérives dangereuses ?

Il y a naturellement la mauvaise réponse, un protectionnisme inintelligent qui freinerait le peu de croissance disponible. On peut en effet, comme beaucoup de pays, se protéger un peu mieux pour au-moins préserver notre système social. Mais cela n’est pas l’essentiel. 
La bonne réponse, c’est de lutter contre les inégalités croissantes qui sont en fait la source de tous nos problèmes économiques et sociaux. C’est tellement clair que même le cœur du capitalisme mondialisé qu’est le FMI commence à le penser et les très libéraux organismes que sont la commission européenne et l’OCDE s’en disent convaincus.

Il faut donc prioritairement réduire les inégalités, mais comment atteindre cet objectif ?

On pourrait penser que ces organismes s’attaqueraient à cette question. Mais non, rien ne se passe. Entre le dire et le faire, il y a un fossé qui persiste.
Si l’on revient à ce que nous pouvons faire dans notre pays, la première réponse qui vient à l’esprit, c’est d’augmenter les impôts pour assurer une meilleure répartition. Or, trop d’impôts et trop de taxes sont mal ressentis par les possédants. Le plus fort, c’est que ces derniers arrivent à en convaincre les classes moyennes et populaires, alors que 50% de la population active n’est même pas soumise à l’impôt sur le revenu. On comprend pourquoi les possédants utilisent cet argument car les riches paient relativement moins de taxes que les classes moyennes et populaires. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans l’entreprise où les PME sont largement plus imposées que les grandes entreprises. 
Le plus curieux, c’est que la France a plutôt bien maintenu son rang en matière de redistribution, c’est d’ailleurs probablement pourquoi on constate une optimisation fiscale sans vergogne, la faiblesse des investissements et même l’évasion du capital sans évoquer ce qui est hors la loi. 
Pourtant, il est essentiel de mettre fin à la concentration du capital et de mieux répartir la richesse car toute augmentation du capital au sommet aggrave mécaniquement les inégalités.

Ce que préconise l’économiste précédent, c’est d’agir le plus possible sur l’amont.
Pour agir sur l’amont en France, nous avons suffisamment d’experts. On peut quand même citer quelques exemples. C’est d’abord imposer l’héritage de façon plus équitable, puis augmenter l’impôt sur les revenus élevés et peut-être, symétriquement au revenu minimum, fixer un maximum tant en terme de revenu que de patrimoine. 
C’est aussi agir sur le capital humain et donner plus de pouvoir aux salariés dans l’entreprise. 
Donner sa chance à tous passe par l’école primaire qu’il faut impérativement renforcer, c’est augmenter le nombre de bourses, privilégier l’apprentissage et la formation professionnelle, développer intelligemment notre système de santé, assurer une croissance durable et la transition énergétique. C’est aussi tout faire en faveur d’une agriculture saine et économe,  en soutenant et en développant les initiatives locales.
C’est pour finir inventer une démocratie sociale pour que l’espérance revienne.

Il y a beaucoup à faire, mais comme le fait remarquer l’économiste Daniel Cohen, il est inutile de chercher des boucs émissaires comme l’Europe, l’Allemagne, la Chine et maintenant les Etats-Unis. Les principaux problèmes sont internes, ils sont de notre responsabilité.
Bien sûr qu’il faut parler de l’Europe et de ses défaillances, de la mondialisation qui exige plus de régulation, bien sûr qu’il faut dire les changements nécessaires. 
Mais, comment faire tout cela sans résoudre nos propres problèmes. Oui, le principal problème, c’est nous, mais nous sommes aussi la solution. En prenant tous nos responsabilités, nous retrouverons peut-être cette confiance perdue, seule voie pour assurer l’avenir. 

FMI : Fonds Monétaire International.
OCDE : Organisation de coopération et de développement économique.

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