Publié par Collectif Solon


D'abord un rappel historique. En 1945, l'école est encore celle que Jules Ferry avait voulu instaurer. Elle se caractérise par une dichotomie entre un primaire destiné à tous, censé cimenter la nation autour de savoirs et de comportements partagés et un secondaire réservé au petit nombre, autorisant l'accès à des savoirs plus universels et transmettant les signes distinctifs de l'élite. Il existe cependant une étroite passerelle que peuvent emprunter les élèves méritants et qui, en permettant à l'école de jouer un rôle d'ascension sociale, autorise à parler d'élitisme républicain.
La période de croissance économique et de progrès technique des « trente glorieuses » remet en cause ce modèle. De nouveaux besoins en compétences se font jour nécessitant l'allongement de la scolarité qui se traduit par l'accès pour tous à l'enseignement secondaire : c’est la naissance du collège qui restera longtemps un lieu de conflit entre le primaire et le secondaire.
Une évolution importante qui alimente un débat récurrent, débat qui prend aujourd'hui la forme d'une mise en cause du « collège unique ».

Un débat qui illustre bien l'ambiguïté des attentes des français vis à vis de l’Ecole. A la fois afficher un projet généreux et refuser les évolutions nécessaires pour sa réussite.

La dernière livraison de PISA fournit une autre illustration de cette ambiguïté. Tous les commentaires soulignent que la France est l'un des pays où le déterminisme social est le plus fort. Mais aucun commentaire ne souligne que les français restent attachés à une structure de l'Ecole qui est aujourd'hui productrice d’inégalité.
Pour expliquer et illustrer ce propos, il faut comparer, pour les niveaux primaire et secondaire de l’enseignement, les taux d’encadrement, c’est à dire le rapport, calculé au niveau national, entre le nombre d'élèves scolarisés et le nombre d’enseignants. Pour la France, pour les pays de l'OCDE et pour la Finlande qui est le pays européen de référence pour la meilleure réussite des élèves (Chiffres de 2012), les résultats montrent que pour le secondaire, les chiffres sont comparables et tournent autour de 12,5. En revanche, pour le primaire, la moyenne de l’OCDE est à 15,3, la Finlande se situe en dessous avec 13,6 alors que pour la France, on monte à 18,9.
Les chiffres voisins pour les taux d'encadrement de l'enseignement secondaire de la France et de la Finlande sont trompeurs. Car si l'on voulait aligner les taux d'encadrement français sur les taux d'encadrement de la Finlande, respectivement en collège et en lycée, il faudrait créer 70000 postes en collège et supprimer 80000 postes en lycée. Et pour être complet créer 140000 postes en primaire.
Nos écoles et collèges sont pareillement sous dotés (Il y a deux fois plus d’élèves en primaire). Le lycée est le seul niveau qui soit bien doté mais à ce niveau il est trop tard pour réduire les déterminismes sociaux.
Le lycée et le baccalauréat sont deux monuments de l'identité nationale qu'il est difficile de faire évoluer. Pour engager une évolution de notre Ecole, évolution qui parait aujourd'hui indispensable et prioritaire, il conviendrait d'éviter les erreurs qui conduisent, comme ce fut le cas de la dernière réforme du collège, à faire d'intellectuels, s'interrogeant légitimement sur les incidences de cette évolution  sur le rayonnement de notre enseignement et de notre culture, des alliés objectifs de certaines "élites", elles soucieuses de préserver un système inégalitaire à leur avantage et à celui de leurs descendants .  
On peut en effet s'interroger sur la part que prend dans les débats la préoccupation de ces élites là, débats qui conduisent à préserver, à l'avantage de leurs enfants, un système inégalitaire.
On ne peut que conclure par le titre de cet article, l’Ecole est inégalitaire, c’est largement dénoncé mais c’est aussi préservé, trop souvent par les mêmes. 
On peut donc soupçonner que cette ambiguïté typiquement française est un choix délibéré et assumé !

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