Publié par Collectif Solon

C’est dans les années 70 que l’Europe, et en particulier la France, sont sortis du monde industriel, celui des trente glorieuses, celui où la rémunération du travail était supérieure au revenu de subsistance, pour entrer dans un monde financier et mondialisé, celui où la classe moyenne des pays développés est en train de disparaître.

Les institutions européennes n’ont pas su répondre à ce défi et, si l’on y ajoute le comportement des banques américaines, une crise majeure est arrivée en 2008. Tant bien que mal, on a essayé de réparer les dégâts, mais les pansements de la social-démocratie ne suffisaient plus. Quant aux libéraux, ils pensent toujours qu’il faut encore moins d’Etat et que les problèmes se résoudront d’eux-mêmes. Ceux qui pensent ainsi, quels qu’ils soient, mentent ou se trompent. Et, là-dessus, la montée en puissance de l’économie dite numérique fut un changement de paradigme que beaucoup, y compris des économistes et encore moins des politiques, n’arrivaient pas à intégrer.
C’est facile de le dire d’une façon aussi simple, mais pourtant tous les indices sont là, y compris le fait que la croissance ne reviendra pas dans cette économie capitaliste. Les gains de productivité de l’économie traditionnelle ne vont pas suffisamment vers les salariés et ne cessent de se réduire. Mais, la baisse de la croissance trop matérialiste est aussi une bonne nouvelle dans la mesure où le défi climatique impose un changement dans notre système économique. C’est donc insensiblement que cette économie du numérique et de la robotisation s’installe et les gens le sentent sans bien comprendre l’importance de ce phénomène qui entraine en l’état la précarisation de l’emploi. On voit bien toutes les mauvaises réponses apportées aux problèmes posés par cette économie dite collaborative ou aux nouveaux réseaux comme Uber ou Amazon. Les peuples commencent à se révolter, ils sentent qu’il n’y a pas d’avenir pour leurs enfants et se réfugient trop souvent dans les extrêmes. La montée d’un néofascisme est d’ailleurs observable un peu partout quand la religion ne s’en mêle pas. Faisons-en sorte qu’il n’en soit pas ainsi et réfléchissons à ce qu’il faut faire, au-moins en France, sans attendre une hypothétique gouvernance mondiale. Il faut exiger de l’Europe non seulement un cadre législatif et réglementaire mais aussi une intégration économique et fiscale qui existe à peine.
La population ne pourra tirer profit de cette nouvelle économie qu’en se battant pour que nos institutions et nos lois fixent les règles de son fonctionnement. Actuellement, elles ne sont pas faites pour répondre à ce défi du futur. Le cadre industriel est largement dépassé et il est impossible d’y faire rentrer une telle économie sans dommages.
Comment peut-on penser que les nouveaux entrepreneurs, par exemple les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), puissent s’adapter sans dommages à un monde en voie de disparition ?
Comme les parcours professionnels sont de plus en plus « accidentés », il faut que l’assurance sociale, au sens large, soit revue. La flexibilité et la mobilité des travailleurs imposent aussi de comprendre et de remédier au problème du coût du logement d’abord, beaucoup trop élevé, mais aussi de celui du transport.
C’est à nous et à nos responsables politiques de construire le cadre dans lequel ces nouvelles entreprises seront en harmonie avec les aspirations des gens. Si on prend l’exemple emblématique des taxis face à Uber, on voit bien que d’un côté, il y a un monopole et de l’autre une exploitation des chauffeurs Uber. Sortir de ce dilemme dans l’intérêt des deux parties est essentiel. Si le rapport de force entre les possédants et les travailleurs, les précaires et les chômeurs n’existait pas, alors le pire est à craindre. Comment ne pas comprendre que si l’on ne fait rien, alors la rente et la spéculation l’emporteront non seulement sur ceux qui travaillent, mais aussi sur l’ensemble de la population.

Ce qu’il faut absolument faire comprendre à nos dirigeants, tâche très difficile, c’est que les solutions adaptées à la révolution industrielle puis financière ne sont plus les bonnes. Il faut inverser l’idée que ce sont les dirigeants qui montrent la voie, il faut montrer que la population prend conscience des problèmes posés par cette économie en donnant l’exemple des nombreuses actions qui se mettent en place localement. Cette économie locale dite de Cendrillon peut aller très loin si ceux qui nous gouvernent ont l’audace de transférer les nécessaires décisions au niveau local selon le principe de subsidiarité. Peu importe que ce soit au niveau régional ou à celui de la métropole. Commençons par les Pays tel celui du sud toulousain exemplaire en matière d’énergie. En effet, ce qui est dans la main du citoyen pour peu qu’on lui en donne les moyens, c’est le contrôle et donc la diminution des flux de matières et d’énergie. Si les circuits de distribution sont construits dans l’intérêt de tous les usagers et des producteurs, alors tous les espoirs sont permis.

Notre responsabilité est engagée, il faut faire en sorte que nos actions ne soient plus régies par notre intérêt à court terme mais par ceux de la collectivité qui nous entoure. C’est cela l’empathie si importante dans les rapports humains. Voilà pourquoi la régionalisation est essentielle si elle est menée avec intelligence, voilà pourquoi il faut donner l’exemple du civisme à tous ceux qui nous gouvernent et peut-être à nous-mêmes.

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