Publié par Collectif Solon

En 1911, dans « L’armée nouvelle », Jean Jaurès écrivait :
« Il a fallu une élite prolétarienne, un effort d’esprit prodigieux pour entrevoir la possibilité d’un ordre nouveau. »
Jean Peyrelevade, économiste et banquier d’affaire, écrit dans le « 1 » du 17 février dernier :
« Je suis inquiet car je crois que le mouvement des idées est un préalable. Or, aujourd’hui, ce mouvement est en panne. La production des idées s’est asséchée. »
Pour Edgar Morin :
« L’élévation du niveau de vie a été gangrenée par l’abaissement de la qualité de vie. Le mal a parasité le bien-être. Mais le problème de civilisation, bien que vécu et ressenti par tous, est resté mal perçu dans les consciences citoyennes et invisible aux conséquences politiques. »
Ce rappel de ces trois hommes, qui ne sont pas de dangereux utopistes, devrait permettre une nouvelle approche des problèmes actuels.

Déjà, ne plus s’abriter derrière la mondialisation de l’économie, que certains jugent comme un obstacle infranchissable. Il faut s’interroger pour savoir si la mondialisation est la cause ou bien si ce ne serait pas le déchainement du profit au seul bénéfice d’une partie infime des populations au détriment des hommes, de la nature, du climat et de la santé.
Aujourd’hui, il faudrait revenir près d’un siècle en arrière, en abandonnant au nom de la compétitivité, du coût du travail, et sous l’alibi fallacieux de la création d’emploi, un compromis issu d’années de lutte entre conservateurs et forces de progrès.
Au nom de la compétitivité, des années de privation ont été décidées et sont programmées. Des milliards ont été versés aux entreprises, le plus souvent au détriment des plus petites, et la productivité du travail a explosé ne bénéficiant qu’à quelques-uns.
Dans le même temps, les fermetures d’entreprises, y compris celles dégageant des profits substantiels, se sont multipliées. La pauvreté atteint plus de 14% de notre population. La dette de la France a doublé en 10 ans.
Mais les profits des entreprises du CAC 40 ont augmentés de 38% dans le premier semestre 2015 et ceci alors que leur chiffre d’affaire n’a augmenté que de 3%.
En trente ans, les dividendes ont été multipliés par 20 quand la masse salariale ne l’était que par 4,5. Ces données sont celles des syndicats nationaux des finances.

Qui peut croire que c’est cette voie qu’il faudrait suivre sans immanquablement aggraver encore la situation des populations et des pays ?

Un retour sur ce que d’aucuns nous présentent comme des solutions est nécessaire. En particulier, ces vingt dernières années ont imposé aux peuples des contraintes telles que le débat sur ces fameuses « solutions » sans autre possibilité doit s’ouvrir sans délai.
Il est temps d’en revenir aux concepts fondamentaux qui ont construit l’opposition entre progressistes et conservateurs et d’aborder le débat des idées, qu’elles soient qualifiées de gauche ou de droite. Il est temps de confronter ces idées aux exigences d’un monde en pleine mutation.

C’est le seul chemin pour ranimer la flamme de ce nécessaire débat sur les idées et pour retrouver le sens de l’intérêt collectif.

C’est le seul chemin pour retrouver la démocratie.

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