Publié par Collectif Solon

Nos formations des cadres de l'industrie et de l'économie ne sont plus adaptées au monde contemporain.
Pourtant, elles le furent.
On parle souvent des trente glorieuses, cette période de reconstruction et de rattrapage dans une Europe dévastée et ruinée par la guerre ; l’économie est alors basée sur l’application et le développement de techniques et de savoirs établis.
De ce point de vue l'enseignement supérieur français a bien fonctionné : formation des cadres de l'industrie dans les écoles d'ingénieurs et dans les universités au niveau de bac + 5.
Aujourd'hui, des applications de savoirs nouveaux demandent à être développées et des techniques anciennes doivent être abandonnées. Les techniques contemporaines sont en mouvements incessants, et dans les domaines de la science et de la technologie, le paysage n'est pas stable.

Seront-ils prêts ces ingénieurs à répondre à ce nouveau paysage de la science et des technologies ?
Evidemment non !

Les cadres supérieurs de notre industrie ne sont trop souvent pas préparés à la conduite de processus d'innovation, leur formation, en particulier dans les écoles, étant sans réel contact avec des laboratoires de recherche pertinents. Ces ingénieurs ne sont plus à même de diriger l'industrie dans tous ses aspects conceptuels et innovants. Ils ont certes encore un rôle à jouer, mais comme ingénieurs de production, pas comme ingénieurs de conception.
Il faut que la France puisse disposer d’ingénieurs à bac + 8 (ou 7) pour que la pratique de la recherche en laboratoire les ait formés à la maîtrise des processus d'innovation. Ce sont ces ingénieurs-docteurs qui manquent tant dans la conception des objets du futur.
L'enseignement supérieur, que ce soit les universités, les grandes écoles ou les instituts de recherche, a donc un rôle considérable à jouer du point de vue des besoins de notre économie, en donnant aux futurs cadres une formation par la recherche.
L'élément central d’une formation de ce niveau étant clairement le laboratoire de recherche, la relation entre les laboratoires et les formations est donc devenue essentielle.

Les laboratoires pourront ainsi développer plus largement les recherches dont sont issues les innovations contemporaines et les transmettre dans les formations. Mais il ne faudrait pas croire que là s'arrête leurs responsabilités. S'il faut s'occuper du présent par une forte activité dans les applications fondamentales, il ne faut pas négliger l'avenir en oubliant la recherche pure où se prépare le monde de demain. Il faut tout de même rappeler que la révolution industrielle et technologique actuelle provient pour l’essentiel de l’application d’une théorie, la mécanique quantique, considérée comme incompréhensible et sans intérêt par presque tout le monde il n’y a pas si longtemps.
Demain peut relever d'une grande complexité dans les connaissances nouvelles apportées par exemple par la biologie moléculaire et le génie génétique et les conséquences dans les secteurs d’avenir comme la santé sont sans mesure. En termes de secteur d’avenir, il ne faut pas oublier l’énergie dans toutes ses dimensions, son importance est capitale pour la transition énergétique et la climatologie.

Comment redonner à nos formations supérieures les moyens d’agir sur l’économie, l’emploi et l’avenir ?
L’intelligence est là et elle est ignorée de la plupart des décideurs y compris politiques.
Dites-nous combien y-a-t-il de responsables à tous les niveaux de l’économie et de la politique qui soient formés par la recherche ?

Dites-nous comment les banques aident les jeunes diplômés qui se risquent dans l’innovation ?

Il ne suffit pas de ressasser que l’innovation et la création sont au cœur des démarches politique st économique, que la recherche et l’innovation sont des priorités, il faut le prouver par des actes. C’est un grand défi dont nous devons prendre conscience et que nous devons tous relever.

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