Publié par Collectif Solon

La lutte pour les Lumières trouva un point d’orgue en 1766, peu après l’affaire Calas, quand leSymbolique de la laïcité à la française, la devise de la République française sur le tympan de l'église d'Aups, Var. roi Louis XV, loin d’être éclairé, confirma la condamnation du chevalier de la Barre à avoir la langue tranchée, à être décapité et brûlé.
Et pourquoi ?
Parce qu’il avait été « convaincu d’avoir passé à vingt-cinq pas d’une procession sans ôter son chapeau qu’il avait sur sa tête, sans se mettre à genoux, d’avoir chanté une chanson impie, d’avoir rendu le respect à des livres infâmes au nombre desquels se trouvait le dictionnaire philosophique du sieur Voltaire »
Voilà ce qu’était l’ancien régime et voilà ce que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 combattit en supprimant, en ses articles 10 et 11, l’idée même de blasphème, c’est-à-dire le fait, par des paroles ou des images, d’outrager ce qui est considéré par certains comme respectable ou sacré, telle la divinité. Il ne faut pas confondre avec le sacrilège et la profanation où l’action visant à dégrader ou à avilir est répréhensible et peut être condamnée.
D’ailleurs, le blasphème n’est reconnu comme tel que par celui qui se sent blasphémé, et comme le blasphème ne peut être que religieux, un Etat laïque ne peut le reconnaitre en tant que tel, il ne peut pas relever de l’espace public ; il ne peut donc pas relever de la loi ce qui n’est évidemment pas le cas du sacrilège ou de la profanation. Il existe aussi un délit d’outrage, c’est-à-dire une action ou même une parole qui peuvent être assimilées à une injure. Mais dans l’espace public, il est difficile de reconnaitre le côté injurieux d’un dessin ou d’une caricature, surtout quand l’ironie et donc l’humour sont de la partie. Et puis, l’outrage est lié à la société si étroitement que la loi le concernant peut rapidement évoluer. Ainsi, en 1970, l’Hebdo Hara-Kiri fut interdit alors qu’en revanche l’outrage au drapeau et à la Marseillaise ont été créés en 2003.

Les religions monothéistes ont toujours souhaité et voulu la condamnation du blasphème et dans notre monde moderne, elles se contentent de l’exiger au nom du respect, argument trop facile face à l’idée même de liberté d’expression. Même la puissante église catholique s’y est toujours opposée, y compris en France, pourtant le seul Etat démocratique authentiquement laïque au monde.

Pour revenir aux fondamentaux, l’article 1 de la constitution française de 1958 l’affirme, « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race et de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. »
Voilà cet article fondateur, issu de la loi sur la laïcité de 1905 et du texte de 1789, tous textes qui devraient être enseignés et expliqués à l’école et devraient être compris par l’ensemble des citoyens français.

Ces textes assurent une grande cohérence à la structure de notre République car c’est cette République qui permet de construire le tissu social dans l’intérêt de tous et non au profit de quelques uns. On ne devrait pas avoir toujours à le rappeler à ceux qui l’ont oublié ou pire encore, l’appendre à ceux qui les ignorent.
La laïcité n’est donc pas négociable, la liberté d’expression non plus, même si curieusement cette dernière est plus encadrée dans notre pays que dans d’autres, comme les Etats-Unis où elle est totale, alors que dans les pays Anglo-saxons, une caricature de Mahomet est impensable.
Si les religions entrent dans l’espace public, toutes les dérives sont possibles, mais la laïcité nous garde de ce danger et protège toutes les religions dans l’esprit universel des Lumières.

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